Juliette – Camille Jourdy

9782330057510FSUn après-midi pluvieux, très pluvieux. L’eau ruisselle sur la fenêtre. Météo idéale pour un après-midi de lecture. Un bon gros livre, un bel album : Juliette, les fantômes reviennent au printemps de Camille Jourdy, l’auteure de la merveilleuse trilogie Rosalie Blum qui a fait l’objet d’une adaptation cinématographique au début de cette année.

Ouverture. Une voie ferrée : campagne, zone industrielle, banlieue pavillonnaire se succèdent. Le train s’arrête dans une ville de province. Gare de Di… ? Juliette, angoissée, un peu déprimée, vient passer quelques jours chez son père, revoir sa mère libre devenue artiste, sa grand-mère fatiguée, et sa sœur, qui s’ennuie, empêtrée dans une petite vie bien monotone quelque peu agrémentée d’escapades hebdomadaires avec un amant fantasque…

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Traces (1)…

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Traces…

Pas toujours bien inspiré ou pas envie ou pas suffisamment de temps à y consacrer. Le temps passe, les lectures se poursuivent à un rythme bien supérieur à l’écriture, et, les idées, les souvenirs s’effacent… Subsistent les traces : des petits bouts de papier faisant office de marque-pages disséminés dans les livres lus, quelques notes au crayon sur un carnet ou griffonnées sur des morceaux de papier – tout ce qui tombe sous la main fait l’affaire –  et, les émotions, indélébiles.

Je veux me souvenir de toutes ces lectures, garder les traces… Alors, je vous propose ce rendez-vous, Traces… En quelque sorte, un bilan, « irrégulomadaire » cela va de soit ! Un petit passage en revue des dernières lectures, celles qui n’auront pas fait l’objet d’une chronique.

Et pour inaugurer cette rubrique, cinq lectures estivales qui ont échappé à la rédaction d’une notule :

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 Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre (Albin-Michel). Une lecture impromptue. J’ouvre ce livre, premières lignes, mouais pourquoi pas. Et c’est parti pour… « quelques » heures… d’ennui. Où est ce fameux « grand roman de l’après guerre de 14 » ?, ce « grand roman populaire » ? Finalement, assez peu de personnages, peu d’actions, une intrigue qui n’avance pas, s’enlise, je tourne les pages enchaîne les chapitres, vite, vite qu’on en finisse… Je ne comprends pas l’enthousiasme et la ferveur autour de ce livre qui m’a profondément ennuyé ! Dans la catégorie « roman populaire », on a franchement fait beaucoup mieux…

9782505065326fsLes beaux étés Tome 2 La Calanque, Zidrou & Jordi Lafebre (Dargaud). Deuxième volume d’une série de BD découverte par hasard. Évocation douce-amère des vacances d’été, de la famille Faldérault, à une époque (fin des années soixante début soixante-dix) où l’on prends le temps. Des moments précieux, doux. Beaucoup de fraîcheur, de tendresse et de joie dans cette série ! J’aime beaucoup.

                                …

pricePrice, Steve Tesich (Monsieur Toussaint Louverture). Un petit bijou, publié aux Etats-Unis en 1982, que Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture) a eu l’excellentissime idée de faire traduire et publier en 2014, pour nous. J’ai ri et pleuré avec ce roman d’apprentissage, cette odyssée, celle de Daniel, emporté par une lame de fond qui répond au doux prénom de Rachel, le temps d’un été. L’amour, l’amitié, la liberté, le renoncement. Un grand roman, une claque ! Longtemps je me souviendrai de ce rire tonitruant et bref  de « Freud », gentil, bonne pâte, un brin naïf, drôle et tellement attachant ; de Misioura, teigneux, sarcastique, assoiffé de liberté et d’ailleurs ; et de Daniel, Daniel Boone Price, amoureux…  Je les aime ! Oh, j’aurais aimé vous en dire et écrire davantage sur ce livre mais,… « sweet surrender » !

Le mystère du monde quantique, T. Damour et M. Burniat (Dargaud).9782205075168fs Une BD pour « comprendre » le monde quantique en suivant les pérégrinations de Bob dans cet univers indicible. On croise la route des précurseurs de cette nouvelle physique, Max Planck, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger (et son chat), entre autres, qui communiquent entre-eux par des équations exprimées dans le formalisme de Dirac. Bon, là je vous ai déjà  perdu, je parle chinois, ou plutôt physicien, désolé. Mais pas d’inquiétude, lorsque Bob les interroge, l’exercice de vulgarisation est particulièrement bien réussi. Pari très ambitieux donc, et mission quasi-impossible que se sont donnés les auteurs de cette BD, mais c’est assez bien réussi, de là à intéresser un large public !? Pour ma part, j’ai pris pas mal de plaisir à la lire, étant un petit peu « du métier » et intéressé par le sujet…

9782264060983fsLa fille de l’hiver, Eowyn Ivey (10/18). Mabel et Jack ont perdu leur bébé, mort né. Leur couple se délite. Ils décident de s’installer en Alaska, pour se retrouver, pour oublier. Au début du XXe siècle, ils font partie des pionniers de ces terres sauvages et rudes. Un soir d’hiver, à l’occasion de l’un de ces rares moments de complicité, ils réalisent un bonhomme de neige, l’habille, une écharpe bleue et des moufles. Cette écharpe bleue qui flotte au cou de cette petite fille, flanquée d’un renard roux, qu’ils aperçoivent en lisière de la forêt, le lendemain, au petit matin. Et ces traces, traces de pas qui marquent le sol immaculé depuis ce tas de neige qui est tout ce qui reste du bonhomme…

Inspiré d’un conte russe, ce roman est tout en délicatesse, sensible. Beau comme ces époustouflants paysages dépeints et décrits avec brio par l’auteure – la patte naturaliste de ces écrivains américains que j’admire. Un agréable moment de lecture, un joli conte, un conte d’hiver. Et, c’est un premier roman !

Un lac immense et blanc – Michèle Lesbre

9782070446834fsUn lac immense et blanc est un texte relativement court paru en 2011, quatre-vingt pages, de Michèle Lesbre, une auteure dont l’écriture sensible et délicate m’émeut, une auteure que j’ai rencontrée il y a peu. Échange timide, sympathique, bref : allusion à Sabine Wespieser, son éditrice ; échange sur les fameux orgues d’Herzeele qui ont fait danser mes parents, mes oncles et tantes, et la maman de Nina dans Nina par hasard (2001). Elle me présente l’un de ces anciens textes, qui lui est venu dans les brumes de la plaine du Pô, Un certain Felloni (2004). Une dédicace et j’emporte ce livre, et aussi, Un lac immense et blanc, ce texte qui me faisait envie depuis longtemps, elle ne commente pas ce dernier choix…

Un homme, un italien, arrive chaque mercredi par le train de 8h15, sa voix, avec cet accent qu’elle aime, s’immisce dans le rêve de la narratrice : « Viens voir, tout est blanc… »  Un accent italien, celui de Ferrare, qui résonne et chante à ses oreilles, au Café lunaire, qu’elle fréquente chaque jour avant de traverser le Jardin des Plantes pour se rendre au bureau, ce « monde cynique et vulgaire. »

Matin d’hiver, la neige, la neige qui « estompe » la ville, l’assourdit, sous un « ciel pâle qui fait écho à la blancheur immaculée ».

Jour de congé, pour aller à sa rencontre, à la gare d’Austerlitz, le train de 8h15, l’apercevoir et puis, peut-être l’aborder… Mais, ce matin, il n’est pas là.

Les portes du Jardin des Plantes restent fermées, « c’est à cause de la neige », « décidément tout se dérobe ».

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En territoire Auriaba – Jérôme Lafargue

9782374910000FSEn territoire Auriaba est le dernier roman de Jérôme Lafargue, paru aux éditions Quidam en 2015.

20 octobre 1854, naissances d’Alphonse Allais à Honfleur, d’Arthur Rimbaud à Charlevelle-Mézières et d’Ulysse Isidore Bioulbex au large de Oualidia (Maroc). A.A., A.R. et U.I.B. … Auriaba !

Depuis ces trois lieux, tracez un triangle et ses trois médianes, à leur intersection, donc au centre de gravité de ce triangle – petit rappel de géométrie, désolé ! – , vous êtes dans les landes de Gascogne, bienvenue En territoire Auriaba !,  la forêt, les dunes, les plages de sable gris, l’Océan, ses vagues, « ce paysage magnifique et invitant à la contemplation. »

Aupwean a dix ans, il est le dernier né des Auriaba. Son père, Andoni, « fait la guerre ou un truc approchant à des milliers de kilomètres ». Archibald, son oncle, vit seul ; la forêt, le surf sur les déferlantes, les livres, les bibliothèques, les musées sont tout son univers ; solitaire, mélancolique, contemplatif, conteur d’histoires et conteur de l’histoire familiale. Aupwean « a hérité des aptitudes de son père, aussi à l’aise dans des vaguelettes de cinquante centimètres que calé dans le tube d’un monstre de plus de trois mètres, mais il les a transcendées pour en faire une ode à la beauté et l’abandon », le surf est sa vie. Fragile, solitaire aussi, « l’apprentissage de la solitude est court et efficace dans notre famille ». Aupwean rêve. Et, quand dans le monde réel, surgit des fragments de ses rêves et des histoires que lui raconte son oncle, ce dernier, accompagné de son meilleur ami, La Serpe, se lance dans une traque à travers la forêt landaise, qu’ils connaissent mieux que quiconque, « dans cet univers immense et flamboyant, aux trousses du fugitif le plus recherché depuis des lustres »

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Le chant de la Tamassee – Ron Rash

9782021109849fsDernière parution en français d’un livre de Ron Rash, Le chant de la Tamassee est en fait son deuxième roman. Je l’avais évoqué dans ma chronique consacrée à Incandescences, un recueil de nouvelles paru l’an dernier, également aux éditions du Seuil.

Caroline du Sud, quittez l’Interstate à la dernière sortie avant la frontière avec la Géorgie. Quelques lacets très serrés jalonnés de totems à la mémoire d’enfants, perdus, « on dirait que la route est dangereuse ». Les champs de maïs ont fait place aux vergers de pommiers, la forêt, la montagne. Décor appalachien des Great Smokies Mountains – récurrent dans l’œuvre de Ron Rash. À l’ombre de Sassafras Mountain, Tamassee et sa rivière éponyme. Eaux vives et sauvages, qui, dans leur tumulte printanier, ont emporté et retenu en leur sein Ruth Kowalsky. Désormais « le corps de la fillette appartient (…) à la Tamassee » et ne fait « qu’un avec un élément d’une beauté transcendante ». Effondrés par la douleur de la perte de leur enfant, ses parents, avec l’appui de personnalités influentes, souhaitent récupérer le corps en faisant installer un barrage sur la rivière, mais celle-ci bénéficie d’une protection intégrale…

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La Maison dans laquelle – Mariam Petrosyan

la-maison9791090724990fsUne somme de près de mille pages, dans un bel écrin, couverture, qualité du papier, graphisme, et typographie remarquables, pour une œuvre atypique, le seul et unique roman, écrit en russe, de l’auteure arménienne Mariam Petrosyan, qu’elle dit « ne pas avoir vraiment écrit mais y avoir vécu, s’y être réfugiée ».

Édité par le très charismatique Dominique Bordes, alias Monsieur Toussaint Louverture. La Maison dans laquelle est grande labyrinthique grise décatie, en marge, « aux confins de la ville » et abrite une « faune » étrange. Elle est le huit-clos d’un univers enfantin et adolescent, fantasmatique ; un dédale oppressant dans lequel je me suis d’abord perdu. À plusieurs reprises j’ai songé à fermer ce livre, fuir la Maison, prendre une bouffée d’air, chercher le répit et ne plus y revenir. Ce n’est pas dans mes habitudes. Persévérer. Il y a là quelque chose de grand, de fort, assurément. Alors, dérouler le fil. Continuer…

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Outre-terre – Jean-Paul Kauffmann

Jean-Paul Kauffmann, c’était pour moi, surtout, ce journaliste dont le portrait photographié était diffusé chaque soir en ouverture du JT de 20h00, lorsque j’étais gamin, avec le sinistre compte de ses journées de captivité au Liban. Jean-Paul Kauffmann, otage.

Jean-Paul Kauffmann, écrivain, je l’ai découvert il y a peu de temps avec Remonter La Marne, paru aux éditions Fayard. Récit d’un périple pédestre, solitaire, depuis Charenton jusqu’aux sources de la rivière, par les chemins et lieux-dits – j’en connais certains –, par des villages parfois déserts et moribonds ; découvertes et rencontres singulières ; évocation de la géographie et de l’histoire d’une région, vers l’Est. Ce texte m’avait beaucoup plu, me parlait. C’est donc facilement que je me suis laissé tenté par ce nouveau récit de voyage, Outre-Terre.

outre-terre9782849904350fsOutre-Terre est cette enclave russe séparée de la « mère patrie » depuis l’indépendance de la Lettonie et de la Lituanie en 1991. Terre ost-prussienne au nord de la Pologne, acquise puis vidée d’une partie de sa population pour être remplacée par une communauté russophone  après 1945. Outre-Terre, « au-delà de la terre russe (…) résonne comme un monde qui n’est plus le nôtre (…) une sorte d’outland soviéto-galactique, délabré et rouillé mais toujours agissant ».

Outre-Terre, c’est aussi Eylau, une plaine proche de Kaliningrad, feu Königsberg, capitale de la Prusse et ville d’Emmanuel Kant. Eylau, 8 février 1807, « trou de mémoire national », cette bataille qui a fait dire à Napoléon s’adressant à Joséphine : « la victoire m’est restée mais j’ai perdu bien du monde ». Doute, incertitude, vacillement de l’Empereur.

Avec son épouse, Joëlle, ses deux enfants, « l’aîné et Cadet », Jean-Paul Kauffmann débarque à Kaliningrad, le temps d’un week-end, le temps de la commémoration du bicentenaire de cette fameuse bataille. Dans la poche, une reproduction du tableau d’Antoine-Jean Gros, immense (6m×8m), visible dans la salle Mollien du musée du Louvre : Napoléon Ier sur le champ de bataille d’Eylau, 9 février 1807. Autour de l’église d’Eylau, phare qui n’a de cesse de l’attirer, l’intriguer, une église transformée en usine, sur les traces du Colonel Chabert, le personnage d’Honoré de Balzac, sur la terre qu’a foulée et travaillée Abel Tiffauges (Le Roi des Aulnes, Michel Tournier), qui est « tout ce qui reste du monde des ogres », Jean-Paul Kauffmann arpente la steppe prussienne, grise, enneigée.

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